Achevons la recherche ?

Quand la bête est trop gravement bléssée, faut-il la sauver ou l’achever ?

Sauvons la recherche ? ou Achevons la recherche ?

Un vieux copain de collège a retrouvé ma trace en me googlant. Il est pharmacien et PhD, chercheur dans une fac du midi. Voici un extrait de nos échanges d’e-mail.

Je crois que tu as fait le bon choix concernant la recherche publique:
je passe 30% de mon temps à chercher du fric et répondre à des appels d’offre, 30% en réunions/conseils/commissions/groupes de pilotage, 30% en enseignement et je te laisse calculer le temps restant pour faire de la recherche et diriger des thèses…. le tout dans un système évoquant les universités soviétiques de l’ex-glorieuse URSS!

Moi : “Ca ne te dérange pas si je blogue ton réquisitoire sur la recherche publique”

No souci! A l’université de xxxxx, les jours de grève de la fonction publique (comme aujourd’hui) , les enseignants-chercheurs non grévistes doivent aller signer une feuille d’émargement pour signaler qu’ils ne font pas grève: en cas de non-émargement, on est de fait considéré automatiquement comme “gréviste” (et donc risque de retenue salariale).

Je pourrais aussi te parler de Professeurs d’Université qui enseignent 4H / an et ont publié péniblement 3 articles en 40 ans de carrière, d’un Directeur de Recherche Inserm en fin de carrière qui a passé ses 8 dernières années à lire son journal à la cafet’ (mais tenait les banderolles aux manif’ de “Sauvez la Recherche”), de techniciens qui ont décidé de ne plus jamais venir travailler le vendredi, de bi-appartenants hospitalo-universitaires qui ne sont jamais joignables ni à la fac, ni à l’hopital, du détournement de subventions à l’université (la coupable a été discrètement débarquée et parachutée à la ville où elle exerce désormais ses talents ), de la politique des marchés publics (on ne peut commander que chez les fournisseurs les plus chers, les moins fiables, les plus lents), des comptes bloqués 4 mois/an avec impossibilité de commander du matériel, de frais gestion de 12 à 18% sur les subventions que l’on décroche….

Je suis intarissable!

Il Rajoute aujourd’hui :

Excellent! J’ai passé la matinée à me battre avec l’université pour comprendre pourquoi une expertise facturée 2300 euros à un Centre Anticancéreux aboutit au final pour mon unité à une mise à disposition de 1600 euros (du -30% de frais et taxes diverses pour ouverture d’un compte???!!!!!!). Comme le dit mon patron, le cancer fait plus vivre de monde qu’il n’en tue…..

Mais que font les présidentiables ?

 

4 commentaires »

  1. Je confirme pour les comptes bloqués 4 mois par an.

    Je vais vous donner le timing français dans l’achat public :
    – De janvier à février : Les budgets sont bloqués,
    – Mars, ca redémarre doucement jusqu’à avril,
    – Mai, les ponts, donc t’as une faible chance d’avoir ton interlocuteur,
    – Juin : ca redémarre légèrement,
    – Juillet et août, vacances, faut rien n’espérer en terme de décision : “On se recontacte à la rentrée…”,
    – Septembre et octobre : Vite vite, faut bruler les budgets non dépensés (Il faut voir les sites de relation fournisseur de l’INRA, CNRS et INSERM ),
    – Novembre : terminé, revenez en février.

    Commentaire par Jo — 9 février 2007 @ 11h 01

  2. J’ai fait exactement les mêmes observations autour de moi dans mon université. En effet, il ne reste plus que 10% « pour faire de la recherche et diriger des thèses ». Du coup, pour faire une bonne thèse, le doctorant doit faire preuve d’une sacré dose d’autonomie. Personnellement, je ne m’en plains pas mais c’est loin d’être le cas pour tous les doctorants. Je suis actuellement au dans le sud Canadien pour une partie de ma thèse et la situation ici est complètement différente. Le boss est toujours présent, les techniciens et chercheurs ont plutôt tendance à venir le weekend que de ne pas venir les vendredis. C’est un milieu bien plus stimulant qu’en France (sauf si l’on prend en compte les températures hivernales -32°C la semaine dernière…)
    En tout cas, il est clair que pour un doctorant comme moi, la recherche publique Française est loin d’être attractive. C’est un argument supplémentaire pour prendre de la distance avec la recherche et de ne pas faire de post doc. Je suis donc d’accord avec ton copain de collège « tu as fait le bon choix concernant la recherche publique ». En lisant tes billets, il y a l’aire d’avoir tellement de choses passionnantes à faire avec les produits de la recherche et les biotech.

    Commentaire par Benjamin — 9 février 2007 @ 19h 43

  3. -32°C, heureusement que c’est le sud canadien.

    Commentaire par Xavier — 9 février 2007 @ 23h 00

  4. Je rappelle certaines citations publiées il y a un an dans un billet sur la révolution de palais au CNRS :

    Jean-Paul Fitoussi :
    « Les tirs croisés contre le CNRS sont de plus en plus nourris, au point que les plus virulents de ses détracteurs ont déjà fixé la date de l’exécution: plus que cinq ans à vivre! »

    Claude Allègre :
    « le chercheur fonctionnaire à vie est une formule condamnée, n’existant nulle part ailleurs qu’en France, qui ne donne pas de perspective de responsabilités aux jeunes dans les équipes et les pousse à partir à l’étranger »

    Gilles de Robien :
    « Nous avons un problème d’organisation des organismes de recherche. Les procédures et les structures de la recherche se prêtent mal à l’offensive permanente que réclame la concurrence internationale. »

    Pierre Papon, ancien directeur général du CNRS entre 1982 et 1986 : Il préconise un traitement de choc visant à alléger l’établissement de 30 % aussi bien en chercheurs qu’en moyens.

    Commentaire par Xavier — 9 février 2007 @ 23h 04

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