Comment Diatos remplit son pipeline

Je viens de voir un communiqué de presse qui annonce que Diatos annonce l’extension de son accord de licence avec Mederex.

Puisque Diatos envisage de s’introduire en bourse d’ici l’été, je me suis penché sur le sujet, et j’ai perdu 4 heures de sommeil à décortiquer la grande et la petite histoire.

Je trouve cela aussi instructif que le cas IDM / Junovan pour illustrer l’obsession que doit avoir le CEO pour remplir le pipeline. Cette fois ci, la solution a été d’aller chercher une molécule précise mais non stratégique dans le pipeline d’une très grosse biotech américaine.

La grande histoire de Coulter – Corixa – GSK

Décembre 2000 : Corixa Corporation fusionne avec Coulter Pharmaceutical

The Corixa Corporation agreed yesterday to buy Coulter Pharmaceutical, gaining access to a potentially promising cancer drug and a sales force. The acquisition, for stock worth about $900 million when the deal was announced, is one of the largest ever between two biotechnology companies.
(…)
Coulter’s crown jewel is Bexxar, a drug for non-Hodgkin’s lymphoma that could reach the market as early as next year and become the first product consisting of a monoclonal antibody linked to a radioactive isotope. The idea is that the antibody will zero in on cancerous cells and deliver the radioactive payload to those cells, minimizing radiation exposure to the rest of the body. Coulter, which will share marketing and profits with SmithKline Beecham, applied last month to the Food and Drug administration for permission to sell Bexxar.
New York Times, October 17, 2000

$900 million en action, ce qui ne veut pas dire grand chose.
L’intérêt de Corixa pour CoulterPharm, c’est le Bexxar qui venait de réussir sa phase III.

Deux ans plus tard, le Bexxar a été approuvé par la FDA en juin 2003 pour le traitement du Lymphome non-Hodgkinien. Le Bexxar est un anti-corps couplé à un isotope d’iode radioactif I131 (Rappel : Beckman Coulter est un spécialiste de la radioactivité)

Mai 2005 : GSK achète en cash Corixa.

GlaxoSmithKline has signed a $300 million definitive agreement to acquire biopharmaceutical firm and long-term development partner Corixa Corporation, sending Corixa’s share price up by over 40%.
(…)
Importantly, GSK will acquire Corixa’s manufacturing facility in Hamilton, Montana which produces monophosphoryl lipid A (MPL), a novel adjuvant contained in many of the vaccines in GSK’s pipeline.
Pharmaceutical Business Review, 3rd May 2005

Achat en cash pour $300 million, ce qui est beaucoup plus significatif, mais beaucoup plus faible que les $900 million de valeur de Coulter Pharmaceutical.
GSK était déjà le distributeur de Bexxar sur licence de Corixa. L’accord de distribution datait de Coulter Pharmaceutical. Mais c’est l’adjuvant MPL et non pas le Bexxar qui a poussé GSK à l’acquisition.

La petite histoire du CPI-0004 – Super-Leu-Dox – DTS201

Août 1994 – Dépôt d’un brevet par l’Université Catholique de Louvain

Le Prof. André Trouet et Le Dr Vincent Dubois inventent le CPI-0004, un dérivé de l’anticancéreux Doxorubicin couplé à 5 acides aminés qui a le double avantage de ne pas être actif, donc toxique dans les tissus sains, et d’être clivé (par la trouase !) et activé à proximité de cellules cancéreuses. Ils déposent un brevet en 1994.

Mai 1996 – Licence du CPI-0004 à Coulter Pharma

L’Université Catholique de Louvain a licencié le CPI-0004 à Coulter en 1996.
Coulter Pharma crée une filiale en Belgique pour pousuivre la recherche.

Avril 2000 – Coulter Pharmaceutical annonce des résultats pré-cliniques très prometteur pour le CPI-0004

The preclinical results showed that the prodrug CPI-0004 was more effective than doxorubicin in inhibiting tumor growth, as well as being four- to sixteen-fold better tolerated. In an aggressive colon tumor model known to be resistant to doxorubicin, CPI-0004 produced a 65 percent reduction in tumor volume compared to doxorubicin treatment.
Press Release

Les résultats seront publiés en avril 2002 dans Cancer Research.

Décembre 2000 : Corixa Corporation fusionne avec Coulter Pharmaceutical

Le CPI-0004 prend une place absolument ridicule dans le pipeline de Corixa, tel que décrit dans le prospectus 10-K de Corixa en mars 2001.

Mai 2002 – Medarex acquière (sans vraiment le vouloir) le CPI-0004 à Corixa

Medarex Inc. and Corixa Corp. today announced that Medarex has acquired Corixa’s proprietary Ultra-Potent Toxin technology
for creating antibody-toxin conjugates and certain preclinical product development programs in the field of oncology and other disease indications. In return, Corixa will receive $21 million, payable at Medarex’s option in cash or shares of Medarex stock, in six equal monthly payments.
Press release

La technologie UPT est parfaitement cohérente avec le pipe-line de Mederex, constitué exclusivement d’anticorps à visée thérapeutique. Le pipeline de Mederex est d’ailleurs impressionant, avec 4 phases III, 9 phases II et I/II, 16 phases I . La liste despartenariats de Mederex l’est tout autant.

Les autres produits en préclinique comprennent notamment le CPI-0004, dont la phase I aurait pourtant dû commencer en 2001 selon Corixa.

Mederex renomera le CPI-0004 en Super-Leu-Dox (un nom ancien), mais ne lancera pas la phase I.

Avril 2003 – Diatos acquière les droits Européen du Super-Leu-Dox (CPI-0004) auprès de Mederex

Under the terms of the agreement, Diatos expects to develop and commercialize Super-Leu-Dox, which is currently in late pre-clinical development, in Europe. In return, Medarex has an option, exercisable before Super-Leu-Dox reaches Phase III development, to co-develop and co-commercialize the product with Diatos in Europe. If Medarex exercises its option, the parties will share equally all development and commercialization costs and future potential revenues from sales and sublicensing of Super-Leu-Dox in Europe. If Medarex elects not to co-develop and co-commercialize the product in Europe, Diatos will have the right to develop and commercialize Super-Leu-Dox in Europe and will be responsible for all development activities and costs. In that event, Medarex will receive royalties on any commercial sales of the product. Under the terms of the agreement, Medarex retains all rights to Super-Leu-Dox in non-European countries. Each party has the right to use pre-clinical and clinical data generated by the other party for developing Super-Leu-Dox in their respective territories.
Press Release

Si je comprends bien, Diatos a obtenu le droit de lancer le développement du Super-Leu-Dox sans up-front. Selon l’avancement, Mederex peut décider de laisser tous les coûts de développement à Diatos contre des royalties (peu élévés) ou de co-developper et de partager les revenus. Bref, tous les risques sont supportés par Diatos, mais Mederex garde un droit de regard.

Il s’agit à l’époque du produit le plus avancé du pipeline de Diatos, puisque la licence du DTS-301 (ou OncoGel) n’a été obtenue qu’en janvier 2005 auprès de MacroMed (et ouvre peut-être la voie de la bourse à Diatos).

Février 2004 – Diatos crée une filiale à Louvain la Neuve

A mon avis, c’est pour préparer la recherche clinique du DTS-201. Il est très probable que le Dr Vincent Dubois qui a rejoint Diatos deux ans plus tôt prend en charge le développement du DTS-201.

Décembre 2004 – Diatos lance la phase I du DTS-201

Mars 2006 – Diatos acquière tous les droits commerciaux en Europe du DTS-201

Diatos SA announced today that Medarex has granted full European commercialization rights for DTS-201 to Diatos. In exchange for these rights, Diatos agreed to pay an upfront payment in cash and stock, milestone payments and royalties on future sales of DTS-201.
Press Release

Mederex abandonne son droit de regard en échange d’un up-front en cash et en action. Le projet a suffisament avancé pour que Mederex demande l’up-front (montant inconnu) pour abandonner les droits européens. De toute façon, ce produit n’a aucun intérêt dans son pipeline. La suite logique serait même, quand le développement sera plus avancé, que Diatos trouve un distributeur aux USA qui l’aiderait a acquérir les droits mondiaux du DTS-201.

 

Pourquoi et comment Diatos a licencié le DTS-201 ?

A mon avis, trois acteurs clés ont conduit à John Tchelingerian à acquérir les droits sur ce composé.

Le Prof. André Trouet de l’Université Catholique de Louvain est le président du Scientific & Medical Advisory Board de Diatos. C’est dans son laboratoire de biologie cellulaire que le CPI-0004 a été inventé. Il a récupéré son invention.

Le Dr Vincent Dubois a rejoint Diatos avant avril 2002. Etant le chercheur qui a publié les résultats pré-cliniques, puis en charge du développement de SuperLeuDox chez Coulter Pharma Belgium puis Corixa, il était en position de connaitre le potentiel du produit. Lui aussi retrouve son candidat médicament.

Le fonds de capital Risque InterWest Partners, foundé en 1979 dans la Silicon Valley’s (2 milliards de dollars sous gestion !), étaitinvestisseur dans Corixa, dans Coulter Pharmaceutical, ainsi que dans Diatos. A défaut du hasard, les actionnaires peuvent donner un coup de pouce aux opérations de business developpement.

 

Quelques réflexions

  • Il ne reste plus que 8 ans avant l’expiration du brevet, c’est court pour faire une phase II, une phase III et l’AMM, puis gagner de l’argent
  • La vie d’une licence peut être palpitante
  • Un pipeline peux se remplir de très nombreuses façons
  • L’analyse de l’article de Windhover est très pertinente
  • Il peut être décisif d’avoir des investisseurs de haut niveau
  • laquelle des deux molécules du pipeline en phase clinique (en phase I et II) permettra à Diatos de se valoriser à 150 M€ ?
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