Entrepreneur et Capital Risque : une fracture, une desillusion, ou segmentation ?

Je plante le contexte : Un chef d’entreprise en biotech, installé, qui a levé plusieurs millions d’euros, reçoit un jeune créateur dans le cadre du parcours de validation de son projet pour un accompagnement par mon organisation. Il l’écoute. Lui donne des conseils. Puis m’écrit pour un debriefing.

Xavier,
Je viens de voir Monsieur XYZ pendant une heure et demie, deux heures. Il m’a fait une excellente impression. Il est calme, posé, a une grande facilité d’élocution et a manifestement les idées très claires. Son projet scientifique et commerial est [… confidentiel …].
Je pense qu’il est important de le mettre en garde contre les risques liés à l’entrée de VC. Il y pense et son œil brillait un peu. Attention à ne pas gâcher une belle aventure en passant tout son temps à lever des fonds.
Donc avis plus qua favorable et je compte sur toi pour prêcher la bonne parole.
Je me tiens à ta disposition.
Amicalement.

Un autre dirigeant de biotech a également reçu ce créateur. Voici un extrait de son CR

Bonne vision de la nécessité d’asseoir un chiffre d’affaires avant d’entreprendre une croissance sur des projets propres de développement nécessitant des levées de fonds importantes (capital risque). Difficulté secondaire d’équilibrer les moyens entre services et développement. Mais à court / moyen terme, très bonne stratégie.

Deux mises en garde contre le capital risque. Il est de bon ton de “casser du sucre” sur eux, ces temps ci.

Alors, fracture, désillusion, ou segmentation ?

Je ne pense pas qu’il y ait de fracture entre les entrepreneurs et les capitaux risqueurs. Ces deux dirigeants savent très bien que, malgré les problèmes qu’un tour de table peut éventuellement créer, le capital risque est une étape obligée dans le financement de la croissance de leur propre entreprise. Le capital aventureux seul peut oser miser sur le succès et risquer l’échec pour certains projet.

Il y a probablement une désillusion du capital risque de la part des porteurs de projet en biotechnologie. Beaucoup de candidats, peu de dossier investit. Les investisseurs ont l’habitude de dire que la qualité des dossiers est insuffisante, que l’équipe de manager ne fait pas le poids, que la preuve de concept n’est pas faite, … Les créateurs répondent que les investisseurs ne misent que dans les dossiers à la mode. Personellement, je crois que les créateurs sont eux aussi fashion victims : ils rèvent de la voie royale (voir plus haut “son oeil brillait un peu”). Je pense que les incubateurs ont leurs part de responsabilité dans cette situation (cela fera l’objet d’une autre note).

Un problème de segmentation, c’est sûr. Il y a des projets qui correspondent au marché primaire du capital risque (= l’investissement), et il y en a d’autre qui ne correspondent pas. Inutile de vendre ses actions à un client qui ne peux pas avoir envie d’acheter. C’est ce que ces deux chefs d’entreprise ont expliqué au créateur.

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